Le chemin critique d’un projet est la plus longue chaîne de tâches dépendantes entre son début et sa fin. Sa longueur donne la durée minimale du projet, et chaque tâche qui le compose a une marge nulle : un jour perdu sur l’une d’elles est un jour perdu sur la date de livraison. Ce guide donne la définition, la méthode de calcul pas à pas, un exemple entièrement calculé et les erreurs qui rendent un chemin critique inutilisable.

A BC DE FG H 3 j 5 j 4 j 8 j 3 j 2 j 2 j 4 j marge 9 j marge 5 j marge 5 j Chemin critique Tâche avec marge 22 jours ouvrés
Réseau de tâches : le chemin critique n’a aucune marge

Chemin critique : définition

Un projet est un réseau de tâches reliées par des dépendances : la tâche B ne peut pas commencer tant que la tâche A n’est pas terminée. Plusieurs chaînes traversent ce réseau en parallèle. Le chemin critique est celle dont la durée cumulée est la plus longue ; c’est donc elle qui fixe la date de fin au plus tôt. Les tâches hors chemin critique disposent d’une marge : elles peuvent glisser de quelques jours sans décaler la fin du projet. Celles du chemin critique ne le peuvent pas. La méthode du chemin critique (CPM, Critical Path Method) a été formalisée en 1957 par Morgan Walker (DuPont) et James Kelley (Remington Rand) pour planifier les arrêts d’usines chimiques ; le PERT est apparu au même moment dans l’US Navy pour le programme Polaris. Les deux reposent sur le même réseau de tâches.

À quoi sert le chemin critique dans le pilotage du projet

Le chemin critique n’est pas un exercice d’école. Il répond à quatre questions qu’un chef de projet se pose chaque semaine.

  • Sur quelle date de fin puis-je m’engager ? La longueur du chemin critique, pas moins.
  • Quelles tâches surveiller en premier ? Les tâches critiques, puisque tout retard sur elles se répercute intégralement.
  • Où puis-je déplacer des personnes sans risque ? Vers les tâches qui ont de la marge, et seulement à hauteur de cette marge.
  • Comment finir plus tôt ? En raccourcissant une tâche critique ; raccourcir n’importe quelle autre tâche ne change rien.

Calcul du chemin critique en 4 étapes

La méthode CPM demande trois données : la liste complète des tâches, la durée de chacune en jours ouvrés et ses prédécesseurs. Ensuite le calcul est mécanique.

  1. Tracer le réseau. Listez les tâches, leurs durées et leurs prédécesseurs. Vérifiez que toute tâche sauf la première a au moins un prédécesseur et que toute tâche sauf la dernière a au moins un successeur.
  2. Passe avant : calculer les dates au plus tôt. Le début au plus tôt d’une tâche est la plus grande fin au plus tôt de ses prédécesseurs ; la fin au plus tôt est le début au plus tôt plus la durée. La fin au plus tôt de la dernière tâche est la durée du projet.
  3. Passe arrière : calculer les dates au plus tard. Partez de la fin : la fin au plus tard de la dernière tâche est égale à sa fin au plus tôt. Pour chaque tâche, la fin au plus tard est le plus petit début au plus tard de ses successeurs ; le début au plus tard est la fin au plus tard moins la durée.
  4. Calculer les marges. La marge totale vaut début au plus tard moins début au plus tôt (ou fin au plus tard moins fin au plus tôt). Les tâches à marge totale nulle forment le chemin critique. Calculez ensuite la marge libre pour savoir quels retards restent locaux.

Exemple de calcul du chemin critique sur 8 tâches

Prenons le déploiement d’un équipement : huit tâches, des durées en jours ouvrés, des dates comptées en jours écoulés depuis le début du projet (une tâche qui débute à 3 commence au début du 4e jour). Le tableau donne le résultat des passes avant et arrière.

TâcheDuréePrédécesseursAu plus tôt (début–fin)Au plus tard (début–fin)Marge totale
A. Cadrage3 j0–30–30
B. Conception5 jA3–83–80
C. Achat du matériel4 jA3–712–169
D. Développement8 jB8–168–160
E. Supports de formation3 jB8–1113–165
F. Installation2 jC, D16–1816–180
G. Formation des utilisateurs2 jE11–1316–185
H. Tests et mise en service4 jF, G18–2218–220

Lecture. Passe avant : F ne peut pas démarrer avant la fin de C (7) et de D (16), son début au plus tôt est donc 16 ; H attend F (18) et G (13), elle commence à 18 et finit à 22. Le projet dure 22 jours ouvrés. Passe arrière : H doit finir au plus tard à 22 et commencer au plus tard à 18 ; F et G doivent donc finir au plus tard à 18 ; B doit finir à 8 parce que D doit commencer à 8. Les tâches à marge nulle sont A, B, D, F et H : c’est le chemin critique, 3 + 5 + 8 + 2 + 4 = 22 jours. L’achat (C) peut glisser de 9 jours, les supports de formation (E) et la formation (G) de 5 jours, sans toucher à la date de fin.

Marge libre et marge totale

Deux marges coexistent et sont souvent confondues. La marge totale est le retard qu’une tâche peut absorber sans décaler la fin du projet. La marge libre est le retard qu’elle peut absorber sans décaler le début au plus tôt de son successeur immédiat. La marge libre est toujours inférieure ou égale à la marge totale.

Marge totaleMarge libre
FormuleDébut au plus tard − début au plus tôtDébut au plus tôt du successeur − fin au plus tôt de la tâche
Question à laquelle elle répondDe combien cette tâche peut-elle être en retard sans retarder le projet ?De combien peut-elle être en retard sans gêner la suivante ?
Exemple, tâche C9 jours9 jours (F démarre à 16, C finit à 7)
Exemple, tâche E5 jours0 jour (G démarre à 11, exactement quand E finit)
Exemple, tâche G5 jours5 jours (H démarre à 18, G finit à 13)
Qui s’en sertLe chef de projet, pour protéger l’échéanceLe responsable de la tâche, pour savoir si un glissement reste local

La tâche E illustre la différence : 5 jours de marge totale, aucune marge libre. Si E glisse de 2 jours, G démarre 2 jours plus tard et sa propre marge tombe à 3. Rien n’est encore arrivé au projet, mais la chaîne E–G a dépensé une partie d’une marge qu’elle partage. La marge appartient à la chaîne, pas à une tâche isolée.

PERT, CPM et Gantt : quelles différences ?

Les trois sont constamment confondus. Ils sont complémentaires : PERT et CPM calculent, le diagramme de Gantt affiche.

CPMPERTDiagramme de Gantt
NatureMéthode de calculMéthode de calculReprésentation graphique
DuréesUne estimation déterministe par tâcheTrois estimations (optimiste, probable, pessimiste), moyenne pondéréeCelles que le logiciel a calculées
RésultatChemin critique, marges, durée minimaleDurée espérée et probabilité de tenir une dateBarres sur un calendrier, liens, jalons
OrigineDuPont, 1957US Navy, Polaris, 1958Henry Gantt, années 1910
Adapté àProjets aux durées connues (construction, déploiement)Projets très incertains (R&D)Communiquer et suivre n’importe quel planning

En pratique, les logiciels de planification modernes calculent le réseau à la manière de CPM et affichent le résultat dans le Gantt, tâches critiques mises en évidence. On ne trace plus guère de réseau PERT à la main ; il reste indispensable de comprendre ce que le logiciel calcule.

Comment le chemin critique bouge

Le chemin critique n’est pas figé. Il change à chaque modification de durée, de dépendance ou d’avancement, et à chaque compression du planning.

  • Crashing : ajouter des ressources sur une tâche critique pour la raccourcir, à coût supplémentaire. Raccourcir une tâche non critique ne rapporte rien.
  • Fast-tracking : chevaucher deux tâches qui étaient séquentielles, par exemple démarrer le développement avant la validation complète de la conception, au prix d’un risque de reprise.
  • Bascule : dans l’exemple, réduire le développement (D) de 8 à 3 jours ramène le projet à 17 jours ; en dessous, c’est la chaîne E–G qui devient critique et tout gain supplémentaire sur D est perdu.
  • Recalcul : une tâche critique qui finit en avance donne de la marge au reste de la chaîne, et une tâche non critique qui dépasse sa marge devient critique. Chaque mise à jour du réalisé peut déplacer le chemin.

Plusieurs chemins critiques peuvent coexister. Dans l’exemple, si l’achat du matériel (C) prend 13 jours au lieu de 4, la chaîne A–C–F–H dure elle aussi 22 jours : le projet a désormais deux chemins critiques et tout jour perdu sur l’un ou l’autre retarde la livraison. Plus un projet compte de chaînes parallèles de longueur voisine, plus il est fragile, parce qu’il a moins de marge pour absorber les imprévus. Les chemins quasi critiques, à un ou deux jours de marge, méritent la même attention que le chemin critique lui-même.

Les erreurs fréquentes

  • Dépendances fictives : relier des tâches parce que la même personne les réalise ou parce qu’elles se suivent « d’habitude ». Seule une contrainte technique réelle est une dépendance ; le reste est une question de ressources.
  • Dépendances manquantes : une tâche sans prédécesseur démarre le premier jour dans le calcul et semble disposer d’une marge énorme.
  • Oublier les ressources : la méthode CPM suppose les personnes disponibles. Une tâche non critique qui partage une personne avec une tâche critique devient critique le jour où cette personne est surchargée.
  • Ne jamais recalculer : un chemin critique calculé au lancement et laissé tel quel décrit un projet qui n’existe plus dès le premier glissement.
  • Confondre marge totale et marge libre, et laisser chaque responsable dépenser la marge de la chaîne.
  • Prendre la marge pour une réserve : une marge consommée tôt ne laisse rien pour la fin du projet, là où les problèmes apparaissent.
  • Des durées en jours calendaires : un réseau en jours ouvrés est faux dès le premier jour férié.
  • Ignorer les chemins quasi critiques, à un ou deux jours de marge.

En pratique : la routine hebdomadaire du chemin critique

Un chemin critique n’est utile que si on le regarde. Une routine en cinq lignes, déroulée pendant la réunion d’équipe hebdomadaire, suffit.

  • Mettre à jour l’avancement réel et le reste à faire de chaque tâche en cours, en commençant par les tâches critiques.
  • Recalculer et comparer la nouvelle date de fin à la date engagée.
  • Lister les tâches critiques et quasi critiques (2 jours de marge ou moins) des deux semaines à venir et vérifier que chacune a un responsable disponible.
  • Contrôler la marge consommée par les chaînes non critiques depuis la semaine précédente : une chaîne qui mange sa marge est le chemin critique de la semaine suivante.
  • Décider : crashing, fast-tracking, réduction de périmètre ou acceptation du retard, et consigner la décision.

Le chemin critique dans FoxPlan

FoxPlan, logiciel PPM français, calcule le chemin critique à partir des dépendances que vous tracez dans le Gantt interactif et le met en évidence directement sur les barres. Les dépendances portent un retard (lag) quand une contrainte l’exige, les jalons marquent les dates sur lesquelles vous êtes engagé, et le chemin est recalculé à chaque modification : barre déplacée, durée mise à jour, nouveau lien. Comme les tâches portent aussi des allocations de ressources, vous pouvez confronter le chemin critique au plan de charge multi-projets et vérifier que les personnes affectées aux tâches critiques ont réellement la capacité de les tenir dans les temps.

Voir comment faire dans la documentation FoxPlan ↗

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le chemin critique d’un projet ?

Le chemin critique est la plus longue chaîne de tâches dépendantes entre le début et la fin d’un projet. Sa longueur est la durée minimale du projet, et chaque tâche qui le compose a une marge nulle : tout retard sur l’une d’elles retarde le projet entier d’autant.

Comment calculer le chemin critique ?

Listez les tâches avec leurs durées et leurs prédécesseurs, puis faites une passe avant pour obtenir le début et la fin au plus tôt de chaque tâche, et une passe arrière depuis la date de fin pour obtenir le début et la fin au plus tard. La marge totale vaut début au plus tard moins début au plus tôt ; les tâches à marge nulle forment le chemin critique.

Quelle est la différence entre marge totale et marge libre ?

La marge totale est le retard qu’une tâche peut absorber sans décaler la fin du projet. La marge libre est le retard qu’elle peut absorber sans retarder le début au plus tôt de son successeur immédiat. La marge libre est toujours inférieure ou égale à la marge totale ; une tâche peut avoir plusieurs jours de marge totale et aucune marge libre.

Quelle est la différence entre PERT et CPM ?

Les deux calculent un chemin critique sur le même réseau de tâches. CPM utilise une durée déterministe par tâche ; PERT utilise trois estimations (optimiste, probable, pessimiste) et fournit une durée espérée avec une probabilité. CPM convient aux projets aux durées connues, PERT aux projets très incertains.

Un projet peut-il avoir plusieurs chemins critiques ?

Oui. Dès que deux chaînes parallèles ont la même durée totale, toutes deux sont critiques et un retard sur l’une ou l’autre retarde le projet. Plus un projet compte de chemins critiques ou quasi critiques, moins il a de marge pour absorber les imprévus, et plus sa date de fin est fragile.

Pourquoi le chemin critique change-t-il en cours de projet ?

Parce qu’il dépend des durées et de l’avancement. Une tâche critique qui finit en avance donne de la marge à sa chaîne ; une tâche non critique qui dépasse sa marge devient critique ; une tâche critique compressée peut céder le rôle à une chaîne parallèle. Le chemin critique doit être recalculé après chaque mise à jour.

Pour aller plus loin avec FoxPlan